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"Il faut construire de grands rêves pour ne pas les oublier en route."
Victor Hugo.

L’UTOPIE :

Réinventer notre relation avec les gens qu’ on appelle le public.
Toucher ces gens situés entre l’élite et ceux que l’on appelle les exclus
et instituer avec chacun une relation presque personnelle.

Toujours éviter les rapports anonymes.
On ne travaille pas de la même manière si on travaille
sur un territoire ou si on prétend s’adresser à la terre entière.
Nous avons la volonté de nous inscrire dans le voisinage, de faire vivre le théâtre autrement.
Refuser de participer à une dérive extrêmement élitaire de la création.
Nourrir la création artistique de tout ce qui existe de fort et de vivant dans le vécu humain.

Notre travail en profondeur ne fait pas parler de lui autrement que dans la relation
personnelle , qui imprègne l’ émotion et le souvenir des gens et qui est plus enraciné
et donc moins balayé par les modes.

Toujours cette « idée de fond » humaniste, et qui sous –tend tout cela, échanger avec
d’autres hommes, en particulier ceux que l’on ne connaît pas, nous fait devenir plus hommes.

Pour défendre ce travail de terrain , ce grignotage patient, ce travail d’implantation,
on n’a souvent que sa foi et sa conviction : notre vocation.
Nous n’ avons pas peur des utopies, elle est même notre nourriture pour avancer.
Oui, la culture peut atteindre tout le monde.










POURQUOI « LA FABRIQUE » ?

Le métier d’ entrepreneur de spectacles impose comme tout métier des règles d’ or.

Outre une équipe où chacun est à la pointe de son domaine, producteurs, techniciens de la
lumière du son et de l’ image, artistes servant le projet par leur disponibilité, générosité et
leur expérience, nous avons besoin de notre atelier et de ses outils : Un bon ouvrier a de bons outils.
 



Pour pratiquer le théâtre avec exigence, un métier d’ art vivant, il nous faut nous donner les
conditions de travail. On n’ apprend pas à nager dans une baignoire !
Les lieux polyvalents , « bons à tout, bons à rien », font perdre un temps et une énergie que
l’on doit consacrer au travail de création.

Travailler en un lieu permanent où l’ on connaît les outils techniques qui sont adaptés à ce
lieu, ou l’ ambiance est propice au travail de création car dédié, permet de faire converger
l’ artisan et l’ artiste tendus vers cette création, avec les outils et la pensée.

Accueillir le public dans un lieu dédié au théâtre conditionne une relation particulière avec
les gens : l’ idée de partage et d’échange avec les artistes qui vivront là. Un endroit dédié aux
spectacles vivants et aux artistes vivants ou le public peut venir et interroger notre démarche.

 

 


DISCOURS D'INAUGURATION de Jean-Louis MERCUZOT

Le 3 septembre 2011 - Saizeray
 

La naissance de la fabrique c’est d’abord l’idée impérieuse d’une équipe artistique ,
qui ne pouvait se contenter d’être en permanence dans l’errance,
valise à la main, main tendue au bon vouloir de ceux qui acceptaient
pendant un temps et dans certaines conditions de laisser une place à notre travail,

équipe artistique qui a bien vite compris que le privilège de travailler
dans un Théâtre dépendait d’un réseau ou culturel ou politique
qui  a compris aussi
que notre travail de création se situait au delà des prises de pouvoir ou
de la construction d’une carrière ou de l’opportunité d’une situation avantageuse

équipe artistique qui a su  très vite qu’il nous fallait notre maison

Et le chemin fut long

Plus de 20 ans de vie de Compagnie, avec la volonté permanente de vivre une aventure de troupe,
où des artistes se choisissent pour construire ensemble leurs spectacles, leur vie

Et 7 années ici pour convaincre, rassurer, créer la confiance et vous accueillir aujourd’hui.

Et 7 ans c’est long.

Que chacun soit remercié, ceux qui ont compris dès le départ les enjeux pour le territoire, qui sont restés constants malgré les turbulences, ceux qui ont pris le temps de s’interroger puis de se décider puis de changer d’avis, puis de donner leurs exigences, ceux qui ont laissé venir pour s’engager quand tout le monde en était, ceux qui pensent encore que par temps de crise on ferait mieux de ne pas gaspiller, ceux qui se donnent le droit de vie et de mort sur votre existence artistique parce qu’ils sont investis du pouvoir de leurs fonctions; et 7 ans c’est long . On a aussi connu les virées de bord, les coquins de sort, et aussi les hommes fiables, droits qui tel des amers, même par gros temps tiennent, et vous tous public qui d’un hiver à l’autre nous a patiemment retrouvé, certains du printemps !

C’est à vous tous qu’avec lucidité et vigilance  et simplicité mon équipe et moi-même voulons vous dire MERCI.

Que les habitants de Missery, son équipe municipale et son maire, le fameux Jean-Claude Nevers soit ici particulièrement nommés, sans leur décision de porter le projet jusqu’à aujourd’hui, nous ne serions pas réunis en ce moment

Maintenant l’aventure Bourguignonne sur ce territoire commence et nous allons faire appel à chacun de vous, politiques, services publics, administrations, associations, gens de biens, vous madame, toi Paul, jeanne, Fatoumata, Xixi , vous tous qui décidez que notre arrivée est votre affaire, notre aventure,
la vie du territoire qui s’invente.

Notre travail se construit  par nécessité à dire, à raconter avec notre langage poétique le frottement que nous avons avec « les mondes » qui nous environnent et dans lequel nous sommes vivants. Le monde nous prend, nous bouscule, nous bouleverse, nous enthousiasme, nous angoisse, nous transforme.

C’est cette alchimie de la transformation qui nous émeut, nous met en marche, nous donne l’énergie car nous avons l’impérative nécessité d’être passeur de pensée, de prendre notre part à cette mutation des âmes et des mondes.

Nous devons en parler, à notre façon

Et notre outil de travail était nécessaire à construire pour forger à chaque moment ce langage poétique avec les mots, les images, le son, la lumière.

Il nous fallait notre « Fabrique » nous allons maintenant l’investir.

 

Notre compagnie existe aujourd’hui depuis plus de 20 ans.

L’aventure a pu se construire, s’élaborer, s’affirmer grâce à l’implication en durée de chaque artiste ; nous avons appris à travailler ensemble, à nous remettre en cause, à développer nos complémentarités, à être solidaire, à faire face aux soucis pécuniaires pour la survie de notre travail. Une pensée pour nos amis, Dominique, Marie-Françoise qui sont partis là-bas ou c’est tellement loin que jamais on n’en revient.

L’exigence de cette vie de troupe, c’est aussi l’essence de notre vie artistique. Nous nous opposons à la construction individualiste de la carrière de l’artiste en solo. Pour nous le théâtre est ce qui fait avancer la société, ce qui change la vie. Nous défendons « l’humilité » du métier d’artiste, petit face aux mystères de l’humanité, des hommes , petit face à des questionnements auxquels il ne peut répondre seul.

La culture pour tous est pour notre compagnie une juste revendication et fait partie d’un projet démocratique, pour autant elle n’est ni un acquis de notre histoire, ni un patrimoine à préserver. Ce projet ne pourra se réaliser que si tous les politiques à tous les niveaux, local comme national, inscrivent comme ici cette ambition au cœur de leur projet, au cœur de leur pratique personnelle et s’en donne les moyens. La route est à faire !

La culture pour tous, c’est une utopie joyeuse dont il faut bâtir avec urgence les fondements pour aller vers un avenir plus humain et plus surprenant, contre les vents mercantiles dominants. Le mystère de la culture, populaire ou élitiste, c’est sa part d’invention et non de consommation.

Nous menons un travail d’écriture. L’élan d’écriture se construit toujours à partir d’un vécu si plein, qu’il nous devient nécessaire de poser notre regard, notre plume, notre œil sur ce vivant.

Nos frottements au monde, dans lequel nous sommes immergés, nous imposent de raconter ce monde pour essayer de comprendre, de donner du sens, être passeur de pensée, créateur de visions.

L’élan d’écriture se construit aussi pour raconter ce monde à notre façon, non pas dans une acception politique ou philosophique mais simplement dans un langage à nous, un langage qui en lui même nous engage dans une aventure poétique.

Cette construction poétique est si essentielle qu‘elle se substitue à tout autre combat. Le regard que nous posons sur le monde nous permet de traverser ce monde et parce que nous sommes encore vivants de le modifier.

Nous créons le monde et c’est l’affaire de chacun d’entre nous, notre existence,
le sens suprême.

À « la Fabrique » nous voulons veiller sur notre liberté de créateurs, nous demandons des précautions afin de ménager les pousses prometteuses.

Nous voulons notre lieu de travail et de vie pour cela.

Nous sommes un lieu de traverses.

Dans la rencontre entre l’œuvre et le public qui ne peut être réduite à une démarche pédagogique, ce n’est pas seulement la question de l’utilité de l’artiste dans la cité ni celle de la légitimité de l’action publique qui nous posons, nous posons la question de l’attente, de l’appétit des publics. Nous voulons susciter un mouvement intérieur du citoyen vers l’univers de l’esprit et du beau, vers son plaisir intime de la découverte et parfois du partage.

Ce sera un lieu de création ouvert, un lieu de vie et d’animation dans lequel la convivialité et la construction d’un rapport « actif » au spectateur seront privilégiées.

Le public sera convié à des spectacles mais pourra aussi s’exprimer sur des présentations de projets en cours de réalisation. Une grande attention sera portée sur les différents aspects de la vie locale, pour une bonne insertion de
« La Fabrique » dans son environnement.

Nous avons l’ambition de rapprocher le théâtre des gens pour qu’ils aient le désir de s’y frotter, l’ambition de susciter la curiosité en proposant des occasions de découverte du théâtre allant au delà de la simple fréquentation des salles de spectacle.

Nous ne nous inscrivons pas dans le marché culturel ordinaire en répondant à la demande des diffuseurs ou du consommateur de culture.

Nous croyons qu’il est fondamental de remettre le créateur, l’artiste au cœur de la démarche de création.

Nous croyons qu’il est important de donner du temps à cet artiste pour faire émerger, pour développer son cheminement artistique et pouvoir se nourrir de l’échange qui se construit avec les réseaux de public sur le territoire. Et le public cheminera aussi avec l’équipe artistique.

Nous croyons nécessaire de remettre au cœur de la démarche artistique le public qui en s’interrogeant avec l’équipe de création peut aussi s’emparer des chemins de connaissance et de découvertes.

Nous croyons que la durée et la permanence de l’équipe permettent au spectateur de trouver sa propre route en échappant à la simple notion de consommateur de culture. Le public peut se confronter avec cette équipe, prendre le temps de ne pas aimer…Et revenir, parce que nous sommes toujours là que nous proposons plusieurs entrées pour s’approprier ce qui fait notre sens de vie : créer, c’est à dire regarder autrement, donner du sens, comprendre et augmenter sa capacité à être dans ce monde.

Nous croyons que cela ne s’oppose pas à la rigueur de gestion et nous faisons la preuve par la durée de notre bonne gouvernance et de la vision de notre administration au service de l’artistique.

 

Que vive l’utopie culturelle de « la Fabrique », atelier d’effervescence artistique !